LBr. F 12 · Braunschweig-Lüneburg, Johann Friedrich v., fol. 168r
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- tel que V. A. S. et à un employ conforme à mon genie. Maisspendant dix ans
- se sont écoulés insensiblement, que j’ay passé loin des miens et hors de service,
- excepté le peu detemps que j’ay profité de l’offre que feu Mlons. l’Electeur de Mayance
- me fit d’une place de conseiller de la Cour des Reuisions pour m’arrester chez luy de bonne grace
- Ainsi on peut juger que je dois avoir dépensé beaucoup du mien; et par consequent
- je ne dois pas songer maintenant à viure seulement, mais encor à reparer ces pertes, et au
- moins à pourvoir à l’avenir, pour n’estre pas accablé un jour, si des mauvaises conjunctures
- des changemens et des maladies, apres que leur fleur de mon aage sera passé, me reduisoient
- peut estre à ne pouvoir plus travcailler avec le même succés, ou de n’avoir pas ’approbateurs
- et des protecteurs, d’autant que ce que j’ayme de faire, n’est pas du goust de tout le monde
- ny pour le vulgaire.
- Et pour ce qui est de ma reputation, dont je dois
- avoir soin aussi, il me seroit peu avantageur, qu’on dist de moy, qu’apres avoir couru-
- le monde dix ans durans, je sois reduit à n’avoir qu’autant que j’aurois pû avoir lors
- que j’ay commencé de paroistre. Cela fera obstacle à mes esperances futures, et
- deminuera la bonne opinion qu’on peut avoir de moy, d’autant que le monde juge du merité
- par la recompense.
- De plus, je supplie V. A. S.
- de considerer que l’employ qu’Elle me confie n’a point d’emolumens extraordanaires attachés qu’il
- n’est fecond que pour l’esprit, et sterile en toute autre chose, qu’on n’y a pas occasion de se faire des
- amis, ay d’acquerir la moindre autorité, ny de se faire valoir en aucune chose. Au contraire
- bien des gens sont prevenus contre ces sortes de charges, et à moins que la seule bien veuillance du
- Prince, temoignée par quelque chose d’effectit, ne les releue, elles tombent naturellement dans le
- mépris, et font obstacle à la fortune d’un homme.
- On pourra m’objecter, que je pretenas une chose, qu’on ne n’a pas promise formella
- et en termes expres; mais, il suffit que ce soit p par consequence, en m’accordant
- en differens temps deux clâs differentae en nature et en emolumens. aussi n’est ce pas la
- On dira de plus
- rigueur du droit sur la quelle je me fonde, mais la raison et lequité
- que ce qu’on m’accordera servira d’exemple et de pretension à d’autres, en cas de changemen
- mais cette raison doit estre tournée à mon avantage; car si on mêle les emolumens de
- Bibliothecaire avec ceux de l’employ qu’on m’a accordé avant que la place de Bibliethe caire
- est venue à vacquer, celay servira d’exemple à un autre bibliothecaire apres moy;
- et ce qu’on m’on peut accorder pardessus ce qu’il y avoit auparavant, passera en droit.
- Au lieu que je ne pretends comme Bibliothecaire que ce que mon predecesseur a eu; sans
- que cela ait rien de commun avec la grace que V. A. S. m’avoit faite au paravant.
- Ainsi les avantages de la charge de Bibliothecaire demeureront tousjours sur le même
- pied, que lques autres graces que celuy qui la posse de puisse obtenir
- Il n’y a peut estre qu’une seule chose encor à redire, sçauvoir qu’il faut mieux
- me laisser dans l’esperance, et attendre de quelle maniere je m’acquitleray de ce que
- je promets. Mais outre que je puis faire voir des echantillons effectifs de ce que
- j’avance, et que j’ay eu le bonheur par tout de répondre à l’attente qu’on avoit de moy,
- j avoue que mon foible ou mon naturel est d’agir plu stost par reconnoissance que par
- esperance. Il n’appartient, qu’aux ames nercenaires, d’estre redeuvables de toute leur
- chaleur à l’attente d’un prix dont en les flatte: Cet aignillon n’a jamais eu assez de pouvoir
- jagis par affection, et non pas par interest, ny par flatterie, et ayant trouvé
- sur moy.
Cite
LBr. F 12 · Braunschweig-Lüneburg, Johann Friedrich v., fol. 168r. Machine transcription, not an edition: Leibniz Legible (model FoNDUE-GD_v2_ft_Leibniz, run 74). https://leibnizlegible.com/page/DE-611-HS-3617988:0335?run=74